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samedi 27 septembre 2014

Rire & Vivre

On a probablement tous connu ces périodes un peu folles, un peu détachées de toute réalité, pendant lesquelles on s'est laissé aller à vivre à mille à l'heure, à dévorer, à se gaver, à s'enivrer des moments beaux et forts qui passent trop vite pour qu'on prenne le risque d'en perdre la moindre miette, on a tous couru après le temps, essayé de caser plusieurs journées à l'intérieur de 24 petites heures, on s'est senti pousser des ailes, mis en mouvement par une énergie dont on ne sait jamais tout à fait d'où elle nous vient, on s'en fout un peu d'ailleurs, l'important c'est d'avoir le jus, c'est d'avoir les muscles prêts pour l'effort, c'est d'en avoir assez sous le pied pour continuer à bouger.

Alors on y va, on croque et c'est grisant, on ne s'arrête plus parce que faire des pauses c'est pour les faibles, c'est une perte de temps, c'est gaspiller des secondes précieuses qu'on pourrait passer à vivre encore plus intensément, et puis s'arrêter ça voudrait dire aussi stopper le délicieux étourdissement qui ne nous quitte plus, tu sais quand la tête te tourne un peu parce que tout ton corps est en branle, parce que ton cœur bat fort et que tu vas encore plus vite que la vie qui grouille autour de toi, quand tu tiens debout uniquement grâce à ton mental qui te pousse à surpasser toutes tes limites physiques, quand tu te drogues à l'euphorie et à l'effervescence.

Alors on fait tout de façon frénétique, compulsive, instinctive, irréfléchie, irraisonnée, déraisonnable aussi, on avale des kilomètres de pavés arpentés, on fait la fête, on danse, on lève les verres et on les fait s'entrechoquer, on trinque à l'amour et à l'amitié et au bonheur et à l'insouciance et à la vie, on trinque à ce qu'il y a entre nous et aux sourires qu'on s'échange et à nos yeux qui se parlent sans que nos bouches n'aient à prononcer le moindre mot, on se rend soûls de ces instants de complicité, on est juste assez attentifs pour ne rien rater de ce sentiment incroyable d'être en parfaite harmonie avec soi, avec la terre sous nos pieds, avec les autres autour. Le reste n'est que futilité. Le reste n'existe pas.

On ne se laisse pas redescendre, ce serait une petite mort un peu, ce serait une fin trop brutale et on n'a pas les épaules pour ça, nous ce qu'on veut c'est poursuivre ainsi jusqu'au bout de la nuit, jusqu'au bout de la vie, on veut encore de la musique et le bruit des rires et l'ivresse et la folie aussi, on veut que ça s'éternise, on n'est même pas fatigués, et puis on se reposera quand on sera vieux, on arrêtera quand on sera morts. Alors on danse et on chante et on partage encore, on rit encore à s'en faire mal au bide, de cette douleur délicieuse qui nous rappelle qu'on est vivants, de cette brûlure contagieuse qui nous rappelle qu'on s'aime et qu'il n'y a plus que ça qui compte.

Et pendant qu'on fait tout ça, la vie coule autour de nous, son flot continu et imperturbable avance toujours dans le même sens, charriant avec lui tout un lot de choses dont on ne devine même pas l'existence, trop occupés qu'on est à ne penser qu'au plaisir, elle coule et met en place un avenir qu'on ne soupçonne pas, elle coule et tisse un filet dans lequel doucement elle nous emprisonne sans qu'on ne s'en rende compte, elle coule et met de l'enjeu là où on ne s'attend pas à ce qu'il y en ait un jour.

"On rigole, on rigole, et si ça se trouve là tout de suite, sans le savoir, on est à un tournant de nos vies" a-t-on résumé sur Twitter hier soir. 

Sans pour autant se demander si dans quelques heures, on en rira encore.
Sans pour autant chercher à avoir les idées plus claires.
Sans pour autant freiner ou au moins ralentir avant qu'il ne soit trop tard.
Sans pour autant parvenir à être suffisamment lucide pour comprendre que ce n'est pas parce qu'il est invisible que le mur en face n'existe pas.

Sans savoir si c'est une question d'heures, de jours ou d'années avant que la vie ne reprenne ses droits et nous force à prendre un virage inattendu pour lequel on n'a jamais été si peu préparés.

Alors chantons, dansons, trinquons, rions... jusqu'à ce que toute la poudre qu'on se jette aux yeux ne cesse subitement de faire effet. Parce qu'inévitablement, ce moment-là va finir par arriver.

© Isa – septembre 2014

lundi 22 septembre 2014

Ton monde à toi

Dans ton monde à toi, il n’y a que peu de place pour l’immobilisme. Stagner n’est pas une option, le mouvement est perpétuel, il faut avancer, marcher, courir, surtout ne pas ralentir, ou alors juste le temps d’observer et de choisir l’itinéraire, mais vite, sans traîner, rester sur place ça veut dire prendre le risque de voir le ciel se charger de nuages, prendre le risque de voir la nuit tomber. Comme tu n’aimes ni la tempête ni l’obscurité, tu préfèreras toujours partir en quête d’un ailleurs où il fera jour et grand soleil. Il y a quelque chose de l’oiseau migrateur dans ta personnalité, quelque chose d’animal dans l’instinct de survie qui te pousse à te déplacer, quelque chose de primaire dans tes envies de large.

Dans ton monde à toi, la peur de la chute n’empêche jamais la prise de risque. Ta capacité à envisager la douleur potentielle sans chercher à la fuir renvoie à une forme de courage aux yeux de certains, mais toi tu sais bien que ça s’explique plutôt par une certaine forme de folie, d’inconscience, de déni. Tu sais bien que c’est une drogue tout ça, essayer tout, tout le temps, à tout prix, sans penser aux conséquences autres que celles que tu espères, tu te répètes que la peur n’évite pas le danger et ça te donne tous les courages de la Terre, toute la puissance aussi, ce sentiment étrange d’être invincible et incassable alors que le passé t’a prouvé mille fois que quand tu tombes, ça fait mal. Mais forte de t’être relevée mille et une fois, tu accepteras toujours la possibilité de tomber encore.

Dans ton monde à toi, l’impatience est un mode de vie, un art que tu maîtrises à la perfection, trépigner fait partie du quotidien comme respirer ou te nourrir, d’ailleurs tu n’inspires pas que de l’air mais aussi de grandes bouffées d’envies ; tu ne te gaves pas que de nourriture terrestre mais aussi d’émotions, de moments, tu fais une boulimie de projets, de plans sur la comète, de désirs de plus en plus grands, de plus en plus impérieux, jusqu’à devenir plus importants que toi, tu n’es que l’exécutant de ces choses qui se décident sans toi, tu n’es que l’instrument par lequel elles finiront forcément par arriver, tu n’es que le pantin articulé contrôlé par son bouillonnement intérieur. Elle est faite de tout ça, ton énergie vitale, elle n’est rien de plus que ça.

Dans ton monde à toi, la consommation est rapide et excessive, à la limite du frénético-compulsif, il en faut beaucoup pour te rassasier, jusqu’à épuisement des stocks, jusqu’au bout du bout, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à racler, tu veux tout, tu grattes encore, tu creuses plus loin pour être sûre d’avoir atteint la moelle, d’avoir touché la quintessence, de ne rien avoir manqué. Et même après ça il t’en faut encore, tu tapes du pied, tu te plains, tu en redemandes, j’en veux encore, encore, encore, puis tu te résignes et t’empresses de trouver une nouvelle chimère à poursuivre, un nouvel os à ronger, une nouvelle cible à atteindre, vite, vite, surtout ne pas rester immobile, surtout ne pas rester frustrée, surtout ne pas faire de place à l’angoisse qui pourrait s’engouffrer.

Dans ton monde à toi, où il n’y a de place pour personne, tu en as pourtant laissé entrer quelques-uns et tu vis tous les jours avec la peur au ventre que ce que tu es les fasse fuir, qu’ils s’en aillent, fatigués de ne pas comprendre, usés par tes mouvements incessants qui leur donnent parfois la nausée, impuissants face à tes frasques qu’ils ne savent ni décoder ni endiguer, incertains du rôle qu’ils ont à jouer et de la place qu’ils ont à prendre, étouffés par la quantité d’amour qu’il y a en toi pour eux, démunis par ton apparente fragilité, lassés.

Dans ton monde à toi, les flux circulent vite et dans tous les sens, alors tu vacilles parfois, la tête te tourne un peu, tes jambes en trembleraient presque et tu vis toujours en plein courant d’air. Tu suffoques, tu t’épuises, tu t’énerves d’avoir construit pareil univers et de continuer à y évoluer. Le problème majeur étant qu’à part précisément à cet endroit là, il n’y a nulle part au monde où ton vrai toi est en mesure d’exister.

© Isa – septembre 2014

mercredi 17 septembre 2014

Il faut que tu viennes, maintenant

Viens là, toi. Viens me dire en face toutes ces choses que tu m’écris. Viens me les murmurer à l’oreille, me le montrer avec tes yeux, me les faire de tes mains. Viens accompagner tes paroles des mouvements qu’elles décrivent, viens ajouter des sensations tactiles à nos promesses d’autre chose, viens balayer le fantasmé pour le remplacer par du vécu.

Viens, qu’on ait des choses à raconter de nous, de vraies choses que les autres pourront comprendre aussi, pour l’instant ils sont là à ne pas miser un centime sur ce qui est né dans un univers parallèle déconnecté de toute réalité tangible, pour l’instant ils s’arrogent le droit de juger, de critiquer, de défier, de rire et de miser sur l’échec, viens avec moi leur montrer qu’ils ne remporteront pas ce pari là.

Viens là, il est temps, c’est l’heure de nous fabriquer des souvenirs en plusieurs dimensions, de nous rendre mouvants dans les yeux de l’autre, de nous marquer de nos odeurs et du goût de nos lèvres ; il est temps, c’est l’heure de me cacher dans tes bras, de m’y réfugier, d’en sentir la force, c’est l’heure de t’abandonner à mes mains, de t’y confronter, d’en sentir la douceur.

Viens, ça fait trop longtemps que mes yeux n’ont pas croisé les tiens, bien trop longtemps que ta peau ne s’est pas retrouvée sous mes doigts, ils brûlent de l’avoir touchée si peu, trop peu, ils brûlent de ne pas s’en être nourris davantage, de ne pas l’avoir parcourue plus qu’ils ne l’ont fait. Dis-moi d’abord que tu sens aussi le manque partout en toi, de ton bas ventre qui irradie à ta tête qui bouillonne, de tes mains qui cherchent à tes jambes qui vacillent, dis-le moi d’abord de tes mots puis viens me le montrer de ta présence et de tes actes, viens me le crier sans bruit et sans détour.

Il faut que tu viennes maintenant, ça suffit de se dire que la distance nous rend fous, ça suffit de se jurer qu’à l’autre bout il n’y a que nous, ça suffit de tenter de se rassurer par des artifices qui n’ont plus l’effet escompté, on est au-delà de ça, au-delà de l’envie timide d’en apprendre plus sur l’autre et sur soi face à l’autre, au-delà du désir fugace de se voler de frêles baisers innocents, on est au niveau d’au-dessus, on est dans le besoin physiologique de se retrouver, dans le désespoir du contact qu’on attend et qui n’arrive pas, on est dans l’urgence de mélanger les bouches et les mains et les corps et les âmes, ça brûle, ça mord, il faut que tu viennes maintenant.

Tu sais bien que je t’attends et je n’aurai pas la force de te faire croire que si tu ne me rejoins pas, tu seras remplacé. Je n’aurai pas l’audace de te mentir, le courage de te faire du mal. Tu sais bien qu’il n’y a que toi et que le vide que tu laisses ne peut être rempli par un autre que toi, je pourrais faire semblant que je n’ai qu’à claquer des doigts pour qu’il soit comblé, mais quand bien même ce serait le cas, il semblerait que le trou béant ait été creusé selon ta forme et que nul autre ne puisse s’y emboîter.

Alors viens là, toi, viens qu’on essaie de faire quelque chose de tout ça, viens qu’on cherche ensemble à savoir si un nous existe quelque part, viens qu’on tente de faire germer une belle histoire de ce qu’on a semé.

Il nous faut ça pour qu’on puisse un jour se quitter sans regret.
Ou alors peut-être… pour ne plus jamais se quitter ?

© Isa – septembre 2014

dimanche 14 septembre 2014

Garder le contrôle

Lutter pour tenir ses objectifs, maintenir sa motivation au top niveau. Lutter pour ne pas céder à la fatigue, à la démotivation, à l'usure, aux contraintes logistiques et aux obstacles sur la route, lutter pour ne jamais faillir, rester concentré sur le but à atteindre, ne pas perdre de vue les promesses faites aux autres et surtout celles faites à soi-même, se battre contre ses démons, contre ses propres faiblesses, contre toutes ses imperfections, ne jamais abandonner, ne jamais baisser les bras... Garder le contrôle du rythme de vie qu'on a voulu s'imposer.

Être dans la maîtrise de ce qu'on renvoie de nous, clairement définir ce qu'on a envie de montrer et tout faire pour ne jamais déborder de ce cadre, chercher à comprendre quand ça rate, et à corriger surtout, à analyser d'abord puis à corriger vite, rattraper ceux qui s'éloignent de ce qu'on voudrait qu'ils voient de nous, les convaincre de penser autrement, de se rallier à notre cause, de ne pas se fier aux rumeurs et aux qu’en-dira-t-on, de nous laisser leur prouver qu'on est tellement plus et même tellement mieux que ce que les gens en pensent et en disent... Garder le contrôle de notre image.

S'attarder à construire des relations fortes et pleines de sens et jolies, sans aucune ambiguïté et sans aucun doute quant à l'affection qui circule dans le binôme, relever le niveau d'exigence qu'on a vis-à-vis de l'autre, vis-à-vis de soi par rapport à cet autre aussi, définir à deux ce qu'on a envie de vivre et s'y tenir, se donner les moyens d'y arriver, ne pas en faire trop, ne pas en faire trop peu, ne pas mentir ni se voiler la face, canaliser ses sentiments... Garder le contrôle de notre façon d'exprimer ce qu'on ressent.

Tu vois c'est pas bien compliqué la vie, ça tient à pas grand chose, ça tient juste à être dans le combat constant contre le moindre débordement, ça tient juste à ne pas se laisser envahir par ce qui peut polluer, à se rendre hermétique à tout ce qui peut être parasite, ça tient juste à se couvrir d'une carapace étanche aux conneries et aux excentricités. Ça tient un peu à se rendre carrément inhumain tu sais, à se rendre insensible et imperméable, à s'empêcher de craquer, ou même d'être juste un peu fêlé, ça tient à s'interdire de se laisser aller, ça tient à faire attention à chaque minute, à chaque seconde même, à ne pas dévier de la ligne tracée bien droite, ça tient à ne jamais faire la moindre erreur de jugement ou d'appréciation, ça tient à ne pas faire de mauvais choix par lâcheté ou par lassitude, ça tient à ne jamais s'offrir le moindre moment de faiblesse, à ne jamais tomber dans la facilité, ça tient à être dans le contrôle de tout, tout le temps.

Du coup c'est marrant tiens, on dirait que ça tient à surtout ne plus être telle que tu es.

© Isa – septembre 2014

lundi 11 août 2014

Grandir avec toi

Voilà, j’y viens, j’y suis. Je me pose au milieu de ce plateau désert, éclairé par la lumière incroyable de ce matin d’août, bercé d’un silence inhabituel, j’allume l’écran, vite, j’ai presque couru pour arriver jusque là tu sais, je suis presque essoufflée même, mais il me fallait y être, là devant cette page blanche, il me fallait vite retrouver un espace d’expression qui me permette de sortir de moi tout ce qu’il peut y avoir de toi.

Un peu de rock dans les oreilles, un café qui fume à côté du clavier, et moi qui en suis à ignorer la lumière verte qui clignote pour me dire que de l’autre côté on entre en contact avec le personnage public que je suis devenue, comme nous tous d’ailleurs sur ce réseau social qui nous a faits nous rencontrer, je les ignore je n’ai pas le choix, j’aime leur présence permanente et rassurante et surprenante mais c’est de nous deux dont j’ai envie là tout de suite, c’est dans nous deux que j’ai besoin de plonger quelques instants. Il sera encore temps de les retrouver après.

Ils me connaissent pourtant, certains d’entre eux m’apprécient même, ils suivent un peu les aventures que je veux bien partager avec eux, alors même qu’ils n’ont aucune idée de la part de vrai qu’il peut y avoir à l’intérieur, ils me connaissent dans tout ce qu’il y a de social en moi, d’avouable ou d’inventable, ils me connaissent dans ce que je veux bien donner et dans ce que j’aime simuler, ils me connaissent comme on regarde de loin une forme un peu vague et floue dont on ne saura jamais vraiment délimiter les contours.

Ils sont du coup à mille lieues de deviner celle que toi tu connais, celle qui oublie cette foutue course à la popularité et à la gloire quand elle se retrouve face à toi, celle qui se contente d’être particulière à tes yeux parce que c’est tellement plus important que toutes ces chimères et ces faussetés, c’est tellement plus vrai et tangible aussi, c’est ta chaleur qui se diffuse jusqu’à moi quand on est assis autour d’une même table et qu’on fait trinquer nos verres, c’est notre amitié qui mûrit parce que malgré les quelques sursauts de stupidité on a décidé qu’on continuerait à la nourrir.

Ils ne savent pas vraiment comment je peux être dans l’intimité, quand j’ai besoin de regards bien plus que de mots, quand la lumière verte ne suffit pas et que tes yeux prennent le relais, quand la valse des compteurs qui s’affolent ne compte plus vraiment et qu’elle pourrait même s’arrêter tant l’essentiel est ailleurs, dans ta main qui se pose sur la mienne avec douceur, un contact fugace, l’échange est fébrile et inattendu, et vite tes doigts se retirent par peur d’envoyer des messages difficiles à interpréter, et vite tu détournes le regard pour ne pas que j’aie le temps d’y voir des sentiments que je ne saurais pas vraiment qualifier, et vite nous redevenons deux êtres pudiques et insouciants, vite nous redevenons deux enfants qui aiment à jouer ensemble, vite nous repoussons le moment fatidique où il nous faudra nous parler de nous comme des adultes.

Alors on en est là, à se chercher pendant nos absences, à se retrouver par tous les moyens, parfois ici et souvent là, parfois c’est toi qui viens et parfois quand j’ose c’est moi, et puis ça y est on est enfin de nouveau ensemble, alors on rit et on pleure et on se taquine et on se réconforte, surnom contre surnom, sourire contre sourire, j’aime ça tu sais quand on se cherche et qu’on se trouve, j’aime tellement ça que j’en viens parfois à te laisser pour être sûre d’avoir à un moment l’occasion de devoir lutter un peu pour te retrouver, le paradoxe est là, partir pour mieux revenir, et s’il me faut être honnête, partir aussi pour créer le manque en toi, pour que tu aies ce goût de reviens-y, pour que tu te demandes où j’en suis jusqu’à ne plus supporter de ne pas savoir, pour que tu arrives à moi curieux de tout, impatient de l’impact, désireux de contact.

Elle est jolie cette relation, elle me fait peur dans certains de ses penchants qu’on ne maîtrise pas tout à fait, mais je sens toute sa potentialité, je sens qu’elle a éclos et que bien que fragile elle va grandir encore, elle va finir par tenir debout bien droite et on oubliera alors tous les moments où elle était bancale, instable et incertaine, on oubliera qu’elle a été tremblante et hésitante, on va finir par en toucher la quintessence et par la voir se diffuser, on va finir par n’avoir que le bon et le solide et le durable, il nous faut être patients un peu, il nous faut juste le décider, ça en vaudra la peine tu verras, allez viens avec moi.

© Isa – août 2014

samedi 9 août 2014

Viens, vite...

Viens, vite, entre et assieds-toi, mets-toi juste là en face de moi, fermons vite la porte et les fenêtres et les volets, coupons-nous du monde, il ne faut plus que nous.

Viens, vite, débarrasse-toi du manteau lourd de tes peines, pose-le sur mes genoux et laisse ta main sur ma cuisse, à nous deux on pourra en supporter le poids, la force de mes jambes et l'amour dans tes doigts, à nous deux on pourra les écumer peu à peu, on aura la force qu'il faut, l'énergie circule et peut nous faire soulever des montagnes, à nous deux tu n'as plus besoin de chercher à oublier puisque je n'ai plus besoin de chercher à fuir.

Viens, vite, accroche ton regard au mien, laisse-moi remplir mes yeux de tes sourires, berçons-nous de mots et de ces mélodies dont nous partageons l'amour, le son de ta voix en réponse à la mienne, fais-toi le ping de mes pong, deviens Yin de mon Yang, tu es déjà mon double mais je te veux comme moitié, et si nous fusionnions, et si nous nous fondions, et si tu restais toi et que je restais moi mais que nous devenions nous ?

Viens, vite, nourris-moi de tes rires et de tes futilités, ne parlons de rien comme nous parlerions de tout, parlons d'hier et de demain, on mélange on s'en fout, parlons de maintenant qui n'appartient qu'à nous...

Viens, vite, il est temps d'oublier que dehors il fait sombre, laissons la nuit tomber, laissons le ciel pleurer au milieu des étoiles, tu es à la maison maintenant, à l'abri des autres et du mal qu'ils se font, tu es avec moi maintenant, avec nous, ici il ne fait nuit que quand on le décide, nous sommes les faiseurs de temps et les chasseurs de nuages, ici le monde n'est qu'à nous, ici il ne ressemble qu'à nous.

Viens, vite, quand tu n'es pas encore là les murs résonnent de ton absence, les bruits se font écho de tes silences, il me faut ta voix pour remplir le vide, il me faut me retrouver dans ton aura, me réchauffer les mains à la moiteur qui s'installe en même temps que toi, il me faut retrouver celle que je n'ose être que parce que tu la couves de ton regard.

Viens, vite, j'ai froid et j'ai le mal de toi, je ne suis que manque et faim et soupirs, je ne suis que le plus mauvais quart de moi-même, l'ombre et la mélancolie, la frustration et le côté noir de ma folie, je ne suis que vide et perdue, seule et déchue, quand tu n'es pas encore là je ne suis pas encore moi.

Viens, vite, mon amour, je me languis, je t'attends et te réclame, je veux partager ton air et ton monde et tes rêves, je veux juste toi à côté de moi, je veux juste nous deux qui grandissons ensemble.

Viens, vite... il y a ta place qui t'attend là, elle t'a attendu des heures, elle t'attendra des mois, mais viens, vite, c'est ici et aujourd'hui que je ne peux plus vivre sans toi.

© Isa – août 2014

dimanche 3 août 2014

De l'autre côté

Je sais que tu as peur. Je te devine tremblant et presque frigorifié. Je t'imagine hésitant, comme un peu égaré.

Je voudrais tant pouvoir te rassurer. Te promettre que tout va bien se passer. Te donner une vision claire de ce qui t'attend au bout du chemin, et de tous les obstacles à surmonter pour espérer un jour y arriver. Je voudrais te prévenir de chacun des dangers, te prédire que tous tes rêves vont devenir réalité, que tous tes sacrifices en vaudront la peine. Je voudrais te prendre la main pour t'aider à traverser, la serrer fort dans la mienne quand tu auras envie de tout lâcher, la poser sur mon cœur pour que tu saches que le tien n'est pas le seul à s'emballer. Je voudrais mettre un peu de ma voix dans tes oreilles, pour t'encourager avec fermeté parfois, pour te murmurer ma tendresse souvent. Je voudrais coudre des ailes à la peau de ton dos, te regarder t'envoler, inspirer fort pour t'aider à te rapprocher. Je voudrais te coller un sourire aux lèvres, l'un de ceux qu'on ne peut pas retenir, dont on ne peut contrôler l'intensité, l'un de ceux qui affichent sans pudeur le courage et l'énergie qu'on s'apprête à déployer.

Je voudrais, tu vois.
Mais je ne le ferai pas.

Il est des moments où c'est à toi seul de prendre tes décisions, de trouver la force de les vivre et de les assumer. Il est des choix qui n'appartiennent qu'à toi, que tu ne peux faire que seul, dans lesquels je n'ai pas le droit d'interférer.

D'ailleurs, comment pourrais-je ?
Alors que moi-même je suis de l'autre côté de cette route que tu vas peut-être emprunter ? Alors que j'ai moi aussi à me demander si je vais, si je veux, si je dois, te retrouver au milieu de cette longue ligne qui nous sépare encore ? Alors que je dois gérer mes propres craintes, le trouble qui m'envahit, le mélange subtil entre attrait de l'inconnu et peur du vide à l'arrivée ? Alors que mes jambes ne me portent plus, que mes ailes à moi peinent à sortir de mon corps, que mon ventre me brûle d'un désir irraisonné ?
Comment pourrais-je te porter sans peur de te faire tomber alors que je ne maîtrise plus la moiteur de mes mains, alors que mes doigts tremblent, alors que mes bras se font guimauves ?
Et au nom de quelle mystérieuse et hypothétique conjoncture céleste à la faveur de laquelle notre histoire connaîtrait un dénouement heureux, aurais-je le droit de te supplier d'y croire, de te promettre l'incertain, de te jurer que chacune des chutes comme chacun des pièges sera un jour balayée par la force de nos deux êtres enfin réunis ?
D'où me viendrait cette certitude inébranlable, si ce n'est d'un rêve encore flou que nos deux énergies sont faites pour être mélangées, si ce n'est d'un désir encore trouble de continuer le reste du chemin à tes côtés ?

L'amour commence toujours par la peur de le laisser arriver. Toujours par une paralysie qu'on aura choisi de surmonter. Toujours par un doute que chacun des deux protagonistes aura décidé d'ignorer.

Je suis de l'autre côté, tu sais.
Je suis là à ne pas savoir si au bout, tu t'apprêtes à te mettre en marche pour me retrouver ou si tu es déjà en train de reculer.

Moi, j'ai déjà commencé à avancer.

© Isa – août 2014